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  > Index des actus | "THREE", power trio  
 
Vincent GUERIN et Régïs BOULARD développent ensemble depuis 8 ans, une identité rythmique forte et ouverte, dans des projets très affirmés, ( "Sons of the desert", "Band ar Jaz", "le sentiment des brutes", E.U.X. ).
Avec Nathalie Herczog, ils ont trouvé le 3ème élément permettant de prolonger leur volonté d'expérimentation.
 
   

THREE se présente aussi comme un atelier. Le travail y est continu, la matière jamais figée. Chaque chanson est investie par les trois musiciens sans aucun état d'âme quant à leurs rôles supposés : THREE est, librement, autant pop qu'expérimental.

Formation à l'accent anglo-saxon, Tree jette à bas le cliché doucereux du trio minimal. Sur les traces de la pop 60's mâtinée des recherches de quelque Wyatt, nous sommes loin du jazz pour ces trois improvisateurs aguerris. Nathalie Herczog, Régis Boulard et Vincent Guérin re-visitent et modèlent leurs instruments (voix/batterie/contrebasse) pour un premier album résultant des recherches et du parcours de chacun.
Rencontre avec le pilier Vincent Guérin, par ailleurs contrebassiste des "Sons of the desert".
 
   

La Griffe : tu as un parcours musical atypique...
Vincent Guérin
: Gamin, dans les années 60, j'ai commencé par écouter du rock anglais qui submergeait l'époque : Led Zepplin, les Who, Deep Purple et bien sûr les Beatles. J'ai méconnu les Etats-Unis pendant longtemps, à part Hendrix. Avec une guitare amplifiée par une pastille de téléphone branchée sur un tourne-disque, j'ai étudié cette musique, plongé dedans et sans aucun recul. Au conservatoire en classe de contrebasse à 16 ans, mon oreille d'autodidacte s'est ouverte à toutes les choses que je voulais entendre ; la musique classique m'a structuré l'oreille. Parallèlement, je me suis ouvert au jazz, à l'improvisation de la façon la plus libertaire possible, et aussitôt j'ai joué dans Kan Digor, du free jazz écossais.
C'est en développant ce tissu personnel provenant de mon enfance musicale que j'ai écrit des chansons : la tendance y est très anglo saxonne, avec des "riffs", et formellement un peu exentrique.


Pourquoi la formule trio ?
Quand j'envisage la musique il y a trois parties : rythme, voix, fondation ou harmonie. Je trouve que le trio contient de la dangerosité et, en même temps, il est une formule terriblement attachante en dehors de tous styles ; il génère de la dynamique musicale et énormément d'espace pour chacun des partenaires. Nous sommes rarement trois unitairement ; c'est plutôt deux contre un avec des polarités qui changent, ce qui est parfois difficile dans les rapports. Je travaille sur cette formule depuis 1995 avec différents chemins et impasses. L'album actuel est la résultante des hésitations et des esquisses précédentes. C'est grâce aux "Sons of the desert" que j'ai pu me mettre à fouiller sur la contrebasse électrifiée. Je la prends à contre-pied, je la détourne, de même pour la batterie et la voix. La quintessence des styles, l'expression des instruments et de la voix sont abordées en trompe-l'oeil.
 
   

Comment se passe la composition au sein de "Three" ?
Je m'efforce à ce que le groupe soit un mode de travail comme un atelier de création, que la chanson se compose brique par brique. On a une façon rapide de travailler avec un mode de fabrication dans la pratique de l'improvisation. Il y a des plages ou chacun peut s'exprimer dans l'aléatoire, il est de la responsabilité des autres d'y répondre. Les thèmes n'en sont pas boulversés, ils sont traités comme de la pop music. J'ai une propension à faire que toutes les informations soient précisément ancrées ; je ne livre pas un vague canevas sur lequel les autres vont bâtir leur maison. Je suis pour l'instant le maître-d'oeuvre qui apporte le plus gros. Ensuite, Régis sait faire son chemin de batteur dans ce qui est proposé (reprendre ou entrer en contradiction). De même pour Nathalie, chacun enrichit les morceaux par son aptitude d'écoute et de dialogue permanent. Je cherche encore à agrandir les lois de fonctionnement de l'atelier.
 
   

Comment qualifier la musique ?
C'est un power trio qui fonctionne sur une dynamique un peu "hendrixienne". Juste trois, minimaliste, qui donne à profusion, je pense que cela se ressent.
Nous sommes des gens qui acceptent l'expérience, et qui, en même temps, reste un groupe de pop. Je me rapproche de la démarche que la pop anglaise a pu produire dans les années 60, en y adjoignant notre propre-savoir faire : la capacité à improviser et le "background" général de chacun. Cela donne forcément un produit crossover, un carrefour, kaléidoscope et multi tendances. Ce qui nous relie, c'est l'envie de fabriquer et de jouer des chansons.


Le travail de la voix est primordial ?
J'ai toujours cherché des voix aventurières qui sont prêtes à aller, sans trop de blocages, dans le bruitisme comme dans la chanson. Pour une vocaliste, il n'est pas évident de se coltiner des mélodies écrites indépendamment tout en endossant la charge d'improviser. Nathalie était un peu surprise de se retrouver là, c'était le résultat d'une recherche pour elle. Le fait d'êtyre trois permet de tailler des croupières à l'idée que ce soit juste une chanteuse accompagnée.

Propos recueillis par Philippe Tessier.
Photo : Christophe Le Dévéhat (noir &blanc), Lawrence (couleur).
 
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